Compte-rendu du club lecture
Mardi 13 février.
11 personnes présentes. Nous avons échangé sur les livres sélectionnés lus par la plupart des participants.
La chatte
Colette

Lorsque débute leur vie commune, Alain et Camille sont deux amis d'enfance que tout en apparence rapproche mais que leurs secrètes rêveries divisent. " Mon mariage, reconnaît Alain, contente tout le monde et Camille, et il y a des moments où à me contente aussi, mais... " Ce qu'Alain aime en Camille, c'est une beauté idéalisée faite d'immobilité et de silence. Aussi est-il déconcerté par son exubérance.
Comme l'arrivée d'une saison nouvelle, la découverte de leur intime division le met à la merci d'autres rêves.
Et c'est alors que le drame se noue. La chatte Saha sera désormais pour Alain la chimère sublime qui domine sa vie et pour Camille la rivale détestée contre laquelle aucun procédé n'est trop brutal.
Trois jours et une vie
Pierre Lemaître
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"À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien…"
Comment vivre avec un tel poids ? Celui d'avoir tué, par accès de colère, un petit garçon, alors qu'on est soi même à l'orée de l'adolescence. Comment regarder en face la terrible réalité ? Pierre Lemaître nous plonge en plein coeur de ce drame et l'on suit Antoine à 3 époques de sa vie: en 1999, 2011 et 2015. L'on ressent ses émotions, l'on devine son désarroi et ses peurs. L'auteur traite de sujets très intéressants à savoir la culpabilité, la notion de justice ou encore la conséquence de nos actes. Ce roman haletant de bout en bout, qui plus est dans une ambiance de village plutôt pesante et tendue, dépeint avec subtilité ce drame humain, drame d'autant plus tragique que la mort était involontaire. Des personnages fouillés, parfois complexes ou cyniques, une fin inattendue, une écriture enlevée et précise... Un roman noir abouti et passionnant...
Malgré tout BD
Jordi Lafebre

C'est l'histoire d'un amour à rebours. Une passion platonique mais éternelle entre deux êtres. D'un côté, il y a Ana. Sexagénaire charismatique, ancienne maire tout juste retraitée, mariée et maman. Une battante au grand coeur qui impose le respect. De l'autre, il y a Zeno. Célibataire endurci, libraire proche de la retraite et doctorant en physique qui aura mis quarante ans pour terminer sa thèse. Un esprit libre et voyageur, aussi séduisant que mystérieux.
Au fil des années, ils ont tissé ensemble un amour impossible et intarissable. Tout en égrainant les excuses qui ont empêché qu'elle ne prenne forme, on remonte le temps de cette romance et de ses méandres... jusqu'à sa source.
L'originalité de raconter une histoire à l'envers, est parfois compliqué à suivre, mais ici, c'est fluide, cela coule de source comme l'eau sous le pont asymétrique. On est parfois ému, on a souvent le sourire aux lèvres. Une comédie romantique quoi ! Mais une de celles qui évitent le côté mièvre et surannée de ce genre d'histoire, qui évite (presque) tous les clichés.
Une fois qu'on a terminé l'album, on a envie de le relire avec en tête le passé des personnages enfin dévoilé ou de la relire dans le sens des chapitres. C'est plutôt bon signe.
Au niveau des dessins, Lafebre et son trait semi réaliste signe de très belles planches. A l'image de cette magnifique couverture. Les visages des personnages rajeunissent naturellement chapitres après chapitres. L'ambiance légère, avec une émotion toujours présente en filigrane est parfaitement rendue, renforcée encore par la mise en couleur particulièrement en phase avec l'histoire de Zéno et d'Anita.
Une Bande dessinée qui fait du bien, et qui vaut tous les antidépresseurs. Une histoire d'amour délicate et touchante !
Attaquer la terre et le soleil
Matjhieu Belezi

Après avoir lu ce roman qui évoque régulièrement Dieu afin de traduire l'effroi des narrateurs, c'est à mon tour de le citer car, Mon Dieu, quelle claque cette narration ! Mathieu Belezi nous installe en effet au coeur des pensées de ses protagonistes, là où les mots ne sont pas encore dompté par la ponctuation et se retrouvent étalés sans majuscules au rythme effréné de pensées qui se bousculent à vive allure, restituant le chaos et la folie ambiante. Un roman écrit d'un souffle par un auteur qui invite le lecteur à retenir le sien, en l'immergeant dans l'absurdité et la bêtise humaine, et dont il ressort écoeuré, bouleversé, en apnée, au bord du vertige et proche du KO.
Sur la dalle
Fred Vargas Policier

C'est Fred Vargas qui a écrit Sur la dalle, et c'est l'unique raison pour laquelle je n'ai pas abandonné ce roman avant même d'en avoir atteint la moitié. Je l'ai acheté et attaqué le jour de sa sortie : je l'attendais avec une grande impatience ! Bon, le précédent n'était déjà pas terrible, nettement au-dessous de ce que l'autrice avait fait jusque-là. Mais justement, il y a six ans de ça, et je ne pouvais m'empêcher d'espérer le meilleur de cette pause. D'autant que le début était prometteur : un meurtre prétendument commis par le fantôme d'un boiteux dans un village breton, meurtre dont Adamsberg prendra connaissance dans le journal. Cette histoire attire son attention parce qu'il connaît la région, et même le village : Louviec. Et ça se gâte dès le deuxième chapitre dans un laborieux et difficile retour en arrière…
***
La première intrigue, les meurtres qui ont lieu dans le village, va se doubler d'une autre, qui met en scène, bien mal, une équipe de truands qui ne peuvent pas faire illusion une seconde. C'est grandguignolesque… et ennuyeux. Je n'ai pas retrouvé ici la verve habituelle de Fred Fargas, ni son talent pour les intrigues alambiquées, mais bien ficelées. Les dialogues creux abondent, les développements inutiles aussi et les personnages « secondaires » que j'aime tant jouent les utilités ou ne sont pas reconnaissables tant ils sont transparents ou caricaturaux… Trois critiques seulement sur Babelio aujourd'hui 21 mai 2023, peut-être parce que c'est si difficile d'exprimer une telle déception quand elle vient de quelqu'un qu'on aime et qu'on admire, ou peut-être, tout bêtement, parce que c'est trop tôt. Je vous renvoie à la superbe critique en forme de pastiche que @4bis a publiée : on y trouve toute l'inventivité qui manque à ce roman, beaucoup d'humour et aussi une grande bienveillance, ce qui franchement n'était pas facile à éprouver en l'occurrence !
Noces
Camus

Noces nous raconte les noces de l’homme avec la nature.
Tipassa c’est la joie de vivre, la plénitude, la communion avec la nature, le soleil et la mer.
Djémila, c’est le désert, le vent qui modèle le paysage, qui fouette les corps, dépouille, dessèche. C’est un endroit pour apprendre à se détacher de soi-même, être le vent, devenir ce qu’on est à l’origine, se délivrer de l’humain. Les ruines de la ville sont comme la mort de l’homme. Tout passe, tout se pétrifie. Seuls des éléments comme la mer et le soleil continuent leur chemin, indifférents, sans regard pour l’homme. L’éternité est ce qui dure après la mort de l’homme. Les ruines sont percées de fleurs, la vie continue.
L’été à Alger nous conte les bonheurs faciles des Algérois. Ils vivent dans le présent, sans passé et sans illusions.
Plaisirs sans remèdes et joies sans espoirs. Les habitants d’Alger sont clairvoyants, lucides. Splendeur et misère, richesse sensuelle et dénuement, lucidité et indifférence, beauté et désespoir, marchent ensemble.
Le bonheur rend la vie absurde. Plus un homme est heureux, plus il souffre, car un jour, il devra quitter cette vie. Mais sa vie sera plus grande s’il consent à cette mort sans tricher, sans s’en remettre aux mythes consolateurs, aux illusions de l’éternité. Il fera de sa mort une mort consciente.
Trouver l’équilibre entre tristesse et beauté, misère et amour, désespoir et beauté, ombre et lumière. Ne pas se réfugier dans l’espoir, le fanatisme, qui conduisent tout droit au malheur, à la résignation. « Car l’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner. »
La cigale du 8ème jour
Mitsuyo Kakuta
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Elle court, court, court dans la rue, le petit matin, la fraicheur de l'aube, le ciel qui vire du noir au rouge… La maison brûle, un bébé qui pleure dans ses bras, fumées noires et flammes rouges. Kiwako, comme prise d'une impulsion, a kidnappé Kaoru, et entame donc une longue cavale à travers le temps et le Japon. de cette action non préméditée, va s'instaurer une étrange relation mère-fille. Pendant des années, elles vont de lieux solitaires en lieux marginaux, pour éviter d'attirer l'attention sur elles. Au moindre doute, Kiwako change de camp et décampe vers un autre horizon, SA petite fille dans les bras, puis main dans la main. Ainsi la petite Kaoru grandira avec cette unique mère de substitution, ballotée d'un univers à l'autre. L'histoire d'une fuite éternelle, lorsque le soleil se couche et que seul le chant des cigales se fait entendre. Comme un air de bossa nova sur l'archipel.
Quelques années après, second acte. Je retrouve Kaoru adolescente, femme, bientôt mère et observe son point de vue, un peu perdue, forcément triste sur la première partie de sa vie avec si peu de souvenirs. Elle a le sentiment que cette femme, cette mère aimée et aimante de la première époque, lui a justement et malheureusement volé sa vie. Kana-kana-kana, le chant des cigales gronde dans le silence d'un procès. Comme les pleurs d'un saxophone soprano sous le bleu de la lune.
Un étrange roman de Mitsuyo Kakuta qui pose beaucoup de questions sur la parentalité, sur la construction de soi après une telle enfance, l'affection ou la peur vers les autres, sur l'instinct maternel et/ou son amour. Au final, un roman à découvrir plus pour sa teneur psychologique que pour son suspens. Une promenade dans la campagne, les îles japonaises, prendre un ferry et s'arrêter à quai. Et à lire pour le chant des cigales qui se confondent à une version plus folle que furieuse d'un jazz funk à la sauce Watanabe.
La fissure
J.P. DidierLaurent

Dernier représentant d’une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c’est tout son univers qui se lézarde… Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu’à l’autre bout du monde.
uand il découvre une longue fissure défigurant le mur de sa maison ….pris d'une folie soudaine il part au bout du monde ,traverse la Terre entière …..un périple extrême pour se re- découvrir , se ré- inventer….
Bref il envoie tout balader: femme, boulot ,petite vie bien pépère , bien rangée ….
Accompagné de son nain de jardin fétiche baptisé numéro 8 , qui végétait au pied du rhododendron, il engage avec lui des dialogues des plus savoureux .
Il l'accompagnera partout jusqu'au bord du Pacifique,, il sera remplacé par une statuette Maori baptisée Tiki ….statuette façonnée en bois .
Comment ne pas admirer le talent de ce conteur hors pair?
Cet auteur , jamais à court d'une touche de fantastique, au ton ironique , loufoque, à l'humour noir mâtiné de folie hilarante , obsessionnelle, au comique de situations dérisoires , extrêmes , qui donnent le sourire et le tournis au lecteur jusqu'à la culbute magistrale de la fin du récit ? .
Histoire originale ,descriptions humoristiques , dialogues ô combien savoureux avec le numéro 8 , espèce de folie douce , absurdité des situations . ….
Une jolie fable à dormir debout , bien agréable à lire ,…difficile à commenter par peur d'en dire trop..
Un conteur d'histoires les plus improbables , folles à lier.
Emprunté par hasard à la médiathèque, j'avais lu « le liseur du 6 h 27 ….
Prochaine rencontre Mardi 19 mars 2024
Bonnes lectures.